Bérigo : un chantier majeur pour protéger les marais salants
Au cœur des marais salants de Guérande, à Batz-sur-Mer, l’ouvrage hydraulique de Bérigo joue un rôle essentiel dans la protection du territoire. Discret mais stratégique, il régule les niveaux d’eau et protège les habitations du quartier de la Herpe, le secteur de Prad Velin ainsi que les exploitations salicoles contre les submersions marines en provenance du Traict du Croisic.
Construit en 1938, cet ouvrage constitue l’un des maillons indispensables du système d’endiguement des marais salants de Guérande. Après près de 90 ans de service, son état nécessitait toutefois une intervention importante pour garantir durablement la sécurité des populations et la préservation de cette activité économique emblématique du territoire face aux submersions marines.
Pourquoi ce projet ?
Un ouvrage fragilisé par le temps
Depuis plusieurs années, des inspections régulières ont mis en évidence une dégradation progressive de l’ouvrage : fissures dans les maçonneries, infiltrations d’eau, affaissements localisés des digues voisines et désordres observés lors des grandes marées.
Dès 2008, un premier diagnostic mettait en évidence l’état préoccupant de l’ouvrage. Compte tenu de l’importance des travaux à entreprendre, l’Association Syndicale Autorisée (ASA) des marais salants du bassin de Guérande, propriétaire de l’ouvrage, et CapAtlantique La Baule-Guérande Agglo ont inscrit sa réhabilitation dans le cadre du PAPI I (2014-2020). Des diagnostics structurels complémentaires ont ainsi été réalisés en 2016. En 2018, l’ASA a confié à l’Agglo la conduite de cette opération de réfection.
Des études techniques et environnementales ont alors été lancées en 2021 afin de définir les solutions les plus adaptées à ce site particulièrement sensible. Le chantier se déroule en effet au sein d’un espace naturel d’exception bénéficiant de plusieurs niveaux de protection : Natura 2000, zone humide d’importance internationale Ramsar et site patrimonial remarquable.
Un enjeu renforcé par les événements climatiques

Le secteur a déjà subi plusieurs épisodes de submersion marine, notamment lors de la tempête Xynthia en 2010 et plus récemment lors des tempêtes Céline, Ciarán et Domingos en 2023.
Dans un contexte d’augmentation de la récurrence des phénomènes d’inondation par la mer, la rénovation de l’ouvrage de Bérigo répond à trois objectifs prioritaires :
- Protéger les habitants et les biens exposés au risque de submersion marines ;
- Préserver l’activité salicole, pilier économique et culturel du territoire ;
- Maintenir le paysage et le patrimoine des marais salants.
Un vaste programme de rénovation

Le projet lancé en 2025 comprenait la réhabilitation complète de l’ouvrage hydraulique ainsi que le confortement de près de 600 mètres de digues adjacentes.
Les travaux menés sur le barrage de Bérigo visent à :
- Renforcer la structure grâce à une carapace en pierre maçonnée permettant de conserver l’intégration paysagère du site ;
- Sécuriser les fondations par l’installation d’un rideau de palplanches ;
- Rénover les vannes existantes ;
- Améliorer les conditions de manœuvre et d’exploitation de l’ouvrage.
Les digues font également l’objet de travaux importants. Les talus sont stabilisés et les ouvrages rehaussés jusqu’à une cote d’environ 3,80 mètres au-dessus du niveau de la mer. Leur largeur en crête est portée à trois mètres afin d’assurer leur stabilité et de faciliter le passage des engins d’entretien.
Enfin, les maçonneries existantes sont restaurées grâce à la reprise des joints, à la reconstruction des parties dégradées et à différents travaux de consolidation destinés à garantir la durabilité de l’ensemble.
Des matériaux locaux pour respecter l’identité des marais

L’une des particularités du chantier est le recours à des matériaux directement issus des marais salants. Environ 9 000 m³ d’argile locale sont ainsi utilisés pour la reconstruction des digues.
Ce choix permet de respecter les méthodes traditionnelles de construction des digues salicoles tout en limitant l’impact environnemental du chantier.
Pour autant, cette approche nécessite une mise en œuvre particulièrement exigeante : contrôle précis de la teneur en eau des matériaux, mise en œuvre par couches successives et compactage rigoureux. Ces exigences garantissent la solidité et la pérennité des ouvrages tout en conservant les caractéristiques historiques du site.
Un calendrier adapté aux contraintes du terrain
La particularité du chantier réside dans la complexité de son calendrier. Entre les contraintes météorologiques, la conciliation avec les enjeux environnementaux et de l’activité salicole, les périodes d’intervention sont extrêmement restreintes. Les travaux sont exclus durant l’hiver en raison des tempêtes et de l’humidité de l’argile, incompatible avec les exigences techniques de construction. Ils sont également interrompus de la mi-mars au début août pour préserver la nidification des espèces protégées, puis entre juin et fin septembre afin de ne pas perturber la récolte du sel. Le cumul de ces facteurs impose une organisation particulièrement fine des opérations.
Initialement prévu à l’automne 2024, le démarrage des travaux a dû être reporté en raison d’une humidité excessive de l’argile, rendant impossible son utilisation dans les conditions requises.
Face à cette situation, le calendrier du projet a pu être adapté en concertation avec les services de l’État, les exploitants salicoles et les acteurs environnementaux. Des opérations de débroussaillage, des suivis écologiques ainsi que plusieurs adaptations administratives ont été menés afin de préserver la biodiversité locale tout en réalisant les travaux au printemps.
Les travaux préparatoires ont finalement débuté au printemps 2025. Les interventions sur l’ouvrage hydraulique se poursuivent depuis septembre 2025 tandis que les travaux de confortement des digues ont démarré au printemps 2026.
Le chantier de Bérigo en quelques chiffres
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année de construction de l'ouvrage hydraulique
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Volume d’argile locale utilisé pour la reconstruction des digues
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de digues
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Montant global
Un projet financé collectivement
Le coût global de l’opération s’élève à environ 800 000 euros. Ce financement est assuré par plusieurs partenaires publics : l’Union européenne, l’État, la Région Pays de la Loire, le Département de Loire-Atlantique et CapAtlantique La Baule-Guérande Agglo.
Au-delà de la rénovation d’un ouvrage historique, ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large de prévention des risques littoraux menée par l’Agglo qui assure aujourd’hui la gestion de plus de 40 kilomètres de digues, contribuant ainsi à la protection de près de 6 000 habitants et de plus de 2 300 biens bâtis.
