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Le mobilier rouge guérandais

Considérée comme la caractéristique du mobilier guérandais, la couleur rouge dite "sang de bœuf”, n’a rien de spécifique au terroir de Guérande.

L’habitude de peindre les meubles au minium (oxyde de plomb) et non au sang de bœuf, comme le révèlent les analyses chimiques, est la survivance d’une pratique ancienne et courante, de l’extrême fin du 17e siècle au milieu du 19e siècle. Elle semble partagée par tout l’Ouest de la France. À la fin du 19e siècle, l’usage disparaît au profit du meuble ciré, et quelques îlots subsistent en Bretagne – principalement dans le Morbihan (Baud, Bubry, Melrand, Guéméné-sur-Scorff, Plouharnel, Le Port-Louis, Séné…) et dans le pays de Guérande (zone des marais salants) – ainsi qu’en Vendée (Saint-Hilaire-de-Riez, Les Épesses, La Mothe-Achard…).

Pourquoi peindre les meubles au minium ?

On se perd en conjectures sur l’origine et la raison d’être de cet usage :

  • Protéger le bois des parasites ou de l’action corrosive de l’air humide et salé ambiant ? Le minium a pendant très longtemps été utilisé par les charpentiers navals pour apprêter les œuvres vives des bateaux en bois. À cet égard, on peut établir un parallèle avec la tradition observée dans la région minière de Dalicarli (Dalarna, en Suède) de protéger d’une teinture rouge les extérieurs de maisons en bois.
  • Dissimuler les essences de bois, souvent fort variées, entrant dans la confection d’un meuble ? Précisons ici que les variétés sont le chêne et, depuis le 18e siècle, le châtaignier, le guignier ainsi que le sapin de pays.
  • Copier les coffres et bahuts tendus de cuir rougi en vogue chez les élites des milieux portuaires à la fin du 17e siècle ? La première « petite armoire rouge de sap » pour le pays de Guérande est signalée chez des bourgeois du Croisic en 1713.

Dans la zone des marais salants, en particulier à Batz à la fin du 19e siècle, les meubles étaient repeints lors du grand nettoyage de printemps. Associé à la fête de Pâques, l’acte de repeindre a pu prendre une dimension de rituel de protection du foyer et de ses habitants en écho à un passage de la Bible : « Moïse appela tous les anciens d’Israël, et leur dit : “Allez prendre du bétail pour vos familles et immolez la Pâque. Vous prendrez ensuite un bouquet d’hysope, vous le tremperez dans le sang qui sera dans le bassin et vous toucherez le linteau et les deux poteaux de la porte avec le sang qui sera dans le bassin. Nul de vous ne sortira de sa maison jusqu’au matin. Quand l’Éternel passera pour frapper l’Égypte, et verra le sang sur le linteau et sur les deux poteaux, l’Éternel passera par-dessus la porte, et il ne permettra pas au destructeur d’entrer dans vos maisons pour frapper”. » (Exode, 12, versets 21 à 24).

© Gildas BURON - Musée des Marais Salants

Date de Publication: 
06/04/2011 - 02
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