Favoris & partage

Travaux d'entretien du marais salant

Espace de production artificiel, le paysage des marais salants doit tout à l’homme. De l’automne au printemps il subit les agressions des éléments naturels (pluies, vents, marées…). Aussi les paludiers sont mobilisés à longueur d’année par des travaux d’entretien et de préservation des exploitations.

La terminologie distingue deux natures d’interventions : travaux ou mises ordinaires et travaux ou mises extraordinaires. Les premiers reviennent tous les ans selon un calendrier quasi-immuable. Ils s’échelonnent jusqu’à ce que la récolte débute. Les seconds sont déterminés par les circonstances et les nécessités. Ils s’intercalent entre les précédents.
À l’exception du rayage des vasières, pratiqué en équipe de novembre à février, et de quelques opérations pénibles comme le déchargeage, les travaux d’entretien ordinaires sont réalisés individuellement.
Pour l’essentiel, les travaux visent à dévaser les surfaces d’évaporation et de cristallisation du marais en prévision de la récolte estivale. Les travaux s’exécutent en suivant le trajet de l’eau à partir de la vasière, point le plus haut du système hydraulique du marais salant. Ils se poursuivent par le cobier et les différents compartiments de la saline, œillets inclus.

Travaux ou mises ordinaires

Rayage et poissonnage
 

  • Le rayage est le nettoyage de la vasière. L’objectif est d’éliminer, à la main ou à la machine, la vase qui s’est déposée dans le raie. La sédimentation est de l’ordre de 20 cm par an. Une intervention tous les deux ans évite qu’il se comble et perde son utilité de réserve. Le rayage intervient entre novembre et février. Jadis, l’obligation des exploitants était de fournir des journées de travail à proportion du nombre d’œillets qui prenaient sur la vasière (une demie à trois journées de travail par œillet suivant l’étendue de la vasière). Cependant, depuis les années 1960, par manque d’effectifs, le rythme de l’opération a été altérée, entraînant de profondes modifications dans les structures des vasières. Depuis une vingtaine d’années les paludiers remédient à la situation en faisant intervenir des pelles mécaniques.

  • Le poissonnage est la possibilité pour les paludiers, et en particulier pour les morayeurs en titre, d’exercer un droit de pêche coutumier dans les vasières. L’assec hivernal de la vasière en prévision du rayage, permet d’y pêcher des poissons plats (plies et soles) et des poissons ronds (anguilles, mulets, bars et daurades). Le poissonnage survient de préférence peu avant les premiers froids de novembre.

Travaux d’habillage
 

  • Les opérations de nettoyage du cobier et de la saline portent le nom générique d’habillage. "Habiller une saline", c’est la préparer pour la récolte. Les opérations se succèdent dans un ordre qui suit à la fois le cheminement de l’eau et l’élévation de la salinité de l’eau et de la vase. Durant l’habillage, les paludiers sont appelés à reconstruire la cuve de la vasière, caisson étanche placé devant la trappe. La cuve a été détruite au cours de l’hiver pour faciliter rayage et poissonnage. Il faut donc la rebâtir pour retenir le flot salé dans la vasière et partant, mettre de l’eau à tourner sur le terrain de la saline.

  • À l’occasion des marées de mortes-eaux de mars et d’avril, les travaux d’habillage individuels sont délaissés pour curer en équipe par les paludiers concernés le réseau de bondres qui dessert leur exploitation.

  • La période février-mars est consacrée au nettoyage des cobiers (pour les salines qui en possèdent). Le travail consiste à dévaser les surfaces au boutoué et à jeter la vase et le limu accumulés sur les talus. À cette occasion, flancs et base des ponts qui peuvent les compartimenter, sont renforcés, le battement de l’eau les ayant érodé au cours de l’hiver.

  • À partir de la mi-mars, vasière et cobier apprêtés, la saline est algie pour procéder à l’habillage. C’est-à-dire que le paludier la vidange partiellement des eaux qui l’on recouverte en totalité à partir de l’automne en vue de la préserver du gel. Pour algir, le paludier profite d’une marée basse de faible amplitude. Plusieurs jours durant, le cui de saline est ouvert. La saline se décharge ainsi dans la bondre ou l’étier plus creux. Après avoir paré les fossés de la saline en coupant les buissons de soude, le paludier nettoie le tour, canal et servitude qui reçoit les eaux du cobier. Le pont est modelé en prélevant de la vase dans le tour à la pelle ou boyette. Le pied du fossé est tranché ainsi que salicornes et plantes. Terre et végétaux sont ensuite rejetés sur le talus.

  • De la fin mars à la mi-mai, les surfaces d’évaporation de la saline ou fards sont dévasés au boutoué. Une partie de la vase sert à reconstituer les ponts de fards. Le paludier en recalibre plusieurs kilomètres chaque année, passant le tiers du temps, le dos voûté à tirer sur la lousse à ponter, prélevant, étalant et lissant des loussées d’argile et de vase molles. La vase inemployée est poussée de fards en fards jusqu’au pied du talus puis jetée au fossé à la boyette. De la même façon, l’exploitant procède au nettoyage des adernes.

  • De la mi-mai à la mi-juin, le paludier s’attaque aux œillets. Il les ponte, les boute puis les décharge. La ponture des œillets est exécutée en surveillant l’évolution de la salinité de l’eau et de la vase dans les bassins. Car la vase dont il enduit les ponts, sèche avec d’autant plus de difficulté qu’elle est salée. À ce stade de la préparation, des sédiments reposent encore dans les œillets. C’est pourquoi, il faut les bouter à la manière des fards. Enfin, alors que les premiers grains de sel se forment dans les œillets, le paludier achève le nettoyage. Il les décharge. C’est-à-dire qu’il décape la mère du marais des dernières particules de vase qui la salissent. La vase est repoussée au boutoué dans un angle de l’œillet puis évacuée. L’évacuation se fait de diverses manières, soit à la cesse (écope), soit à l’aide d’une motopompe ou en faisant voler en gerbe la vase liquide par dessus le galpont au boutoué ou au lasse. Remis en eau, les œillets portent une récolte au bout de 48 heures… si le temps l’autorise.

 Travaux ou mises extraordinaires

 Chaussage et bennage

  • Par le terme de chaussage, les paludiers désignent une suite d’opérations visant à rétablir le niveau des œillets d’une lotie. Au fil du temps, le passage du lasse et des outils d’entretien sur la mère d’argile déforme le fond des cristallisoirs. Et les alimenter en saumure à partir des adernes devient malaisé. Chausser permet de remédier à ce problème. Le chaussage est aussi l’occasion d’un bennage, forme de rabotage à la pelle des fards et des adernes. Pour une saline donnée, le chaussage s’effectue tous les 25 ou 30 ans, alors que dans le même temps, on procède à deux bennages.

  • Le chaussage est fractionné en plusieurs étapes échelonnées sur 8 mois à 9 mois, de la fin d’une récolte au début de la suivante. Il se pratique en équipe sous la conduite du paludier pour lequel on chausse ou de l’exploitant reconnu comme le plus expérimenté dans ce domaine.

  • Durant l’automne ou à l’entrée de l’hiver, les paludiers commencent par charger les œillets en glaise. Des carrières d’argile ou jauges sont creusées dans les fards mitoyens des œillets. Prélevée à la pelle, l’argile est déplacée à travers les œillets à l’aide d’un traîneau puis répartie de manière à rehausser le fond de tous les bassins.

  • Au printemps, à partir d’une argile qui s’est ameublie tout l’hiver sous une couverture d’eau, on lève les ponts. Au préalable, ils auront été délignés à l’aide d’un cordeau. En suivant ce repère, galponts, ponts de délivre, traverses et ladures sont hourdis ou adoublés. En s’appuyant sur les bases des anciennes structures, deux levées de terre parallèles sont érigées. Quelques jours plus tard, alors que les bordures ont séché, le sillon central est comblé d’argile et profilé. Les ponts ainsi dressés sèchent deux à trois semaines avant de pouvoir supporter sans altération le passage du paludier. Alors, les fentes de dessiccation seront colmatées avec de l’argile extraite des œillets.

  • Enfin, les œillets sont bêchés, c’est-à-dire détournés. Le travail doit être réalisé au lever du jour, avant que le vent ne souffle et déporte les niveaux d’eau qui guident les paludiers. À l’aide d’une pelle, ces derniers amigaillent la terre, c’est-à-dire qu’ils la disposent en petites mottes. Au cours du bêchage, ils prennent soin de constituer le tour et la galoche de l’œillet. Le plateau est établi en relevant le niveau d’eau de 1,5 à 2 cm dans les cristallisoirs.

  • Dans les jours suivants, alors que le sel apparaît dans les œillets, on les tape pour unir le fond. Les paludiers écrasent et lissent les mottes de terre à la pelle, toujours en respectant le tour et la galoche. Ainsi, le chaussage achevé, l’œillet affecte un profil légèrement bombé. Quelques jours plus tard, il est possible de procéder aux premières prises de sel sans autre forme de nettoyage des œillets.

  • Selon une première estimation, près de 20 % des 11 800 œillets en culture aujourd’hui ont été chaussés au cours des vingt dernières années. Dans cette première décennie du 21e siècle, six équipes régulières de chaussage composées pour cinq d’entre elles de 12 à 18 membres, œuvrent à la remise en état des salines de Guérande. Le dynamisme de la saliculture guérandaise est tel en ce début de 21e siècle, que des équipes de paludiers n’hésitent pas à se lancer dans la remise en état de salines tombées en friches depuis 30 années, voire davantage. Les gros travaux de terrassement qui se chiffrent en plusieurs journées de travail sont alors assurés par les pelleteuses.

Brèches et veaux

  • À la fin de l’été, lorsque les talus séparant les salines des étiers ou des traicts sont secs, fissurés et ont perdu toute élasticité, les marées peuvent être à l’origine de brèches ou de veaux. La réparation des dommages se fait en équipe ou avec l’aide de pelleteuses lorsque la largeur des talus donne accès aux engins.

  • Dans le meilleur des cas, l’eau de mer qui affleure la crête des levées s’infiltre à l’intérieur de la saline ou de la vasière par les fentes de dessication sans rien détériorer. Mais à la conjonction d’une marée et de vents forts, les infiltrations qualifiées de govérage, occasionnent des éboulements le long des flancs des talus. Les coulées de terre ou veaux sont remontées à la pelle, en prenant soin de tasser la glaise derrière un bardage de planches de pin ou des fascines de châtaignier maintenu par de solides pieux.

  • Mais, les incidents surviennent surtout en hiver, aux grandes marées, lorsque soufflent les vents de nord-ouest. Alors, les talus fragilisés peuvent céder sur une portion de plusieurs mètres. La mer s’engouffre dans l’ouverture entraînant sur son passage des portions de talus, voire la maçonnerie de la digue de protection qui n’a pas résisté aux coups de boutoir ! Il faut agir sans délai, mettre la vasière ou la saline devenue battante avec la mer hors d’eau, car la marée suivante causera des dommages plus importants.

  • Colmater une saline brèchée représente un gros travail. La mer a pu creuser la percée de plusieurs mètres. Tout d’abord, l’affouillement se comble en immergeant des fagots (de quelques dizaines à une centaine). Ensuite, et sur cette base, le talus est à rebâtir. La terre de marais servant aux réparations doit être prélevée sur un site approprié. Le transport s’effectue par chalands sur les étiers et, à terre, à coups de brouettes poussées sur un roule de planches. À mesure que la glaise est déversée sur la brèche, il convient de bâtir le talus, de lui donner une assise solide en la mélangeant et en la pilant au maillet de bois. Lorsque le talus s’élève, la base est renforcée de pieux et de fascines. Le corps est monté jusqu’à la crête en suivant toujours la même méthode. Le travail achevé, les espaces sont déblayés des matériaux, terre et pierrailles que la mer y a charriées.

© Gildas Buron - Musée des Marais Salants

Date de Publication: 
18/03/2011 - 01
Moyenne : 5 (2 votes)
Voir le site mobile

Utiliser ce widget sur votre site / blog

Copiez / collez ce code sur votre site internet pour afficher cette page sous forme de widget !