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Origine des marais salants de Batz-Guérande

La genèse des marais salants guérandais pose encore aux historiens et aux archéologues de nombreuses questions. Et les avis restent partagés sur la date et les conditions d’apparition de cette technique d’extraction de sel marin.

Une technique gallo-romaine

   

Les thèses défendues ici reposent sur une analyse du vocabulaire fondamental des marais salants qui récèle des fossiles directeurs en matière de chronologie d’histoire technique.

  • L’étude du lexique paludier révèle un substrat d’origine latine dans une région où la langue bretonne a été prépondérante entre les 5e et 15e siècles après J.-C. De ce constat découle la conclusion que les Bretons migrants de Bretagne en Armorique ont emprunté le vocabulaire salicole et le système technique continental correspondant. Les termes capitellos, scanne, trémet et paludier (dérivé de palus, le “marais” en latin) conservent des notions de droit romain ou sont issus du vocabulaire juridique de l’administration et du fisc romains. Attestés depuis le 9e siècle, capitellos et scanne sont communs au lexique des paludiers guérandais et des sauniers de la lagune de Venise. Ces fossiles lexicaux qui se montrent dans un contexte technique identique en Adriatique et en Bretagne sont un héritage du droit romain de la fin de l’Antiquité. Ils renvoient au fait que l’État romain avait le monopole de la production et de la vente du sel dans l’Empire ainsi que celui de la distribution des ressources salifères quelle qu’en soit la forme (mine, marais…) : un contrôle qui s’est étendu aux territoires de la Gaule après la Conquête de César en 56 avant J.-C. La conclusion générale est que l’apparition du système technique des marais salants, et surtout son application sur le littoral guérandais, se sont opérées sous le contrôle des autorités romaines conquérantes. Les découvertes archéologiques de ces dernières années, en Espagne (Galice : Vigo ; Andalousie : San Fernando), en Italie (Ostie) et en France (Vendée : Beauvoir-sur-Mer), tendent à confirmer l’existence de salines romaines qui n’avait jamais été démontrée jusqu’à ce jour.
  • Le passage de la technique des bouilleurs de sel gaulois à la technique solaire des marais salants a souvent été expliqué par un transfert de technologie de la Méditerranée vers les rivages océaniques. Mais, il n’est pas exclu que les Gaulois armoricains et pictons aient associé aux ateliers ignigènes des dispositifs de captage et de concentration de l’eau de mer utilisant le phénomène des marées. De là, viendrait la survivance du celtique continental uobero, “ruisseau” dans les marais salants du sud et du nord de la Loire sous les formes vivre et guiffre.
  • L’hypothèse d’expérimentations est encore suggérée par la communauté de vocabulaire repérée entre productions de sel ignigène ancienne et sel solaire. Le mot aderne des paludiers guérandais s’étymologise à partir du bas-latin baderna, terme technique des exploitants des sources salées de Lorraine et de Franche-Comté. Au 9e siècle après J.-C., baderna désigne un “chaudron dans lequel on fait le sel” ou un “bassin à saunage”. Pour que baderna ait été employé dans la technique ignigène et la technique solaire, il a fallu que le mot passe de la première (et la plus ancienne documentée par l’archéologie) à la seconde dans une phase de coexistence sur le littoral guérandais. Car c’est probablement dans ce contexte que des techniciens ont désigné le réservoir journalier permettant d’alimenter un groupe de cristallisoirs dans une saline solaire par le terme que les bouilleurs de sel gallo-romains réservaient au cuvier à saumure des fours à sel.

© Gildas Buron - Musée des Marais Salants

Date de Publication: 
17/03/2011 - 01
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