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Restaurations, fouilles, travaux de préservation et de consolidation

Un château en état de ruines

Le Château de Ranrouët est comme beaucoup d’autres en état de ruines. Au vu de l’histoire du site, on remarque que cet état n’est pas dû à des faits de guerre des actions volontaires.

En effet, une première phase de destruction intervint en 1619 lorsque fut ordonné le démantèlement du château par Richelieu. Le château perdit ses parties défensives, notamment ses parties hautes : créneaux, mâchicoulis, chemin de ronde...

En 1794, le château fut incendié par les troupes révolutionnaires. À la suite, le château fut laissé à l’abandon. Il va alors servir de carrière aux habitants d’Herbignac qui enlevèrent tout ce qu’ils purent : encadrement de portes, de fenêtres, marches d’escaliers...

Ce fut le sort de nombreux édifices aux périodes où l’intérêt porté aux vieilles pierres était d'avantage utilitaire et économique que patrimonial.

Les notions de protection, de restauration et d’entretien des monuments anciens sont donc intimement liées à l’intérêt progressif suscité par le patrimoine historique.

Celui-ci se développa pendant tout le XIXe siècle et aboutit pour le Château de Ranrouët à son inscription à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques en 1925. Cependant, cette première étape de protection ne changa en rien l’état du château.

À cette époque, le château était complètement ruiné et recouvert par la végétation qui a repris ses droits après plus d’un siècle d’abandon.

Il est également à noter que de nombreuses parties intérieures du château ont été remplies de terre, comblements des périodes précédentes pour des raisons pratiques, par exemple  la barbacane l'a été pour en faire une plate-forme de tir.

Si le château eut un sursaut de vie au milieu du XXe siècle, il servit alors de salle de bal aux habitants d’Herbignac, ce sont les années 1970 qui virent la "résurection" du site.

 

Les Amis de Ranrouët

L’association Les Amis du Château de Ranrouët redonna activement vie au château à partir de 1970. Ses bénévoles, passionnés de vieilles pierres, sans aucun financement, vont sur leur temps libre œuvrer à la réhabilitation du château.

Le chantier est de taille. À ses débuts, c’est à peine si se discernent les tours sous l’épais manteau de végétation qui recouvre la ruine.

Pendant plusieurs années, les bénévoles débroussaillèrent et déblayèrent des tonnes de terre qui comblaient les différentes parties du site.

Ils vidèrent la barbacane de la terre qui la remplissait et redécouvrirent les trois fours qui étaient à l’intérieur.

Là où un chemin de terre avait été aménagé pour garantir l’accès à la porte du château, ils mirent à jour les bases des piles d’origine du pont, les reconstruisirent et les dotèrent d'un tablier de bois.

À l’intérieur du château, une de leur première action fut de poser une toiture provisoire sur la tour nord afin de protéger la voûte qui s’y trouve encore.

Ils fouillèrent une bonne partie de la cour intérieur du château, retrouvèrent l’emplacement du puits et reconstruisirent la margelle, découvrirent une allée pavée qui traverse la cour, effectuèrent des travaux de maçonnerie, charrièrent des tonnes de terre...

Après avoir enlevé un arbre qui avait poussé à l'intérieur du logis de la cour, les bénévoles ont mis à jour le sol de la cuisine, caractéristique d’une cuisine pavée avec une rigole centrale d’évacuation au milieu et l'égout se poursuit et traverse la tour est. Un escudo d’or a aussi été retrouvé dans cet égout.

La protection de ces éléments a obligé à les couvrir.

Le travail des bénévoles a été colossal et petit à petit, le château a repris l’allure d’une forteresse.

Seul bémol à leur action, dans les années 1970 l’archéologie restait une pratique d'amateurs non encadrée. Le fait d’avoir enlevé les remblais du château a fait perdre toutes les couches stratigraphiques d’occupations successives des lieux. Une fouille scientifique aurait permis de mieux cerner l’histoire du Château de Ranrouët.

Le fait d’avoir vidé le puits d’origine a certes permis de retrouver du mobilier archéologique (des poteries notamment) mais déposé dans des caisses, le sens archéologique est aujourd’hui perdu. Cependant, les bénévoles ont fait du mieux qu’ils ont pu et ont grandement aidé à la mise en valeur du site.

De privé à public

En 1989, le Château de Ranrouët est acheté par le Conseil Départemental de Loire-Atlantique, de monument privé il devient public.

Le château est donné en gestion pour un bail de quatre-vingt-dix-neuf ans à la commune d’Herbignac.

Devenu propriété publique, des financements et des subventions sont alors attribués pour la mise en valeur du château. Des travaux sont financés par la mairie d’Herbignac, le Département de Loire-Atlantique, la Région des Pays de la Loire, la DRAC (Direction Générales des Affaires Culturelles) et le FEDER (Fond Européen de Développement Economique Régional).

En 1991, se met en place un programme de sondages archéologiques mené par L. Pirault et N. Bonnin dans la cour du château. Les « fouilles programmées » visent à mieux appréhender l’histoire du site, ses phases de constructions et répondre à la question : y avait-il un donjon ou non ? Finalement, peu de matériel archéologique a été découvert.

En 1993, la ferme du château fut transformée en un bâtiment d’accueil et en ateliers de poterie et de modelage. Une aire de pique-nique et un parking furent également aménagés.

À partir de 1994, un programme pluriannuel de consolidation et de mise en sécurité des ruines est mené avec pour objectif de protéger les vestiges du château et d’accueillir le public. Cinq tranches de travaux vont se succèder entre 1994 et 2001.

Cependant, le 24 février 1995, suite à de violentes intempéries, le bastion 12 s’effondra.

Trois chantiers de fouilles de sauvetage furent alors mis en place entre juillet 1995 et février 1996 sous la conduite des archéologues E. Broine, V. Grégoire et D. Menier.

Une des découvertes intéressantes a été la canalisation souterraine qui amenait l’eau de l’ancien étang jusqu’aux douves.

Le bastion qui servait de dépotoir a permis aux archéologues de découvrir de nombreux restes archéologiques : tessons de céramiques, fragments métalliques, ossements d’animaux, coquilles d’huîtres...

On a également retrouvé sept carreaux de pavement de céramique attribués par le céramologue Jean Rosen au céramiste réputé Masseot Abasquene et actif à Rouen au 16e siècle.

Une petite partie de ce matériel archéologique est désormais exposée dans une vitrine à l’accueil du château.

Les campagnes de travaux pluriannuels de l’architecte des Monuments de France J-M. Lepinay mettent en sécurité les éléments les plus fragiles et les plus dangereux pour le public.

Le couronnement des tours, les pans de murs en surplomb ou les voussures des baies ont été repris par des entreprises agréées Monuments Historiques. Il en a été de même pour les parements des murs qui ont été rejointoyés. L’idée n’a jamais été de « reconstruire » le château mais de stabiliser les vestiges. Les opérations sont faites « à minima » (remaillage des maçonneries, rejointoiement des parements). Ce ne sont pas des opérations spectaculaires, mais nécessaires pour la conservation du site. Elles sécurisent les vestiges en limitant les risques de chutes de pierres et en assurent la pérennité en limitant les infiltrations d’eau dans la maçonnerie.

Des opérations plus importantes ont aussi eu lieu. Ainsi, un jambage à l’ouverture de la tour nord-ouest a été refait afin de rétablir l’équilibre de la structure. Cette restauration discrète reste néanmoins facilement décelable et visible à un œil attentif.

En 1997, la pose d’une toiture provisoire sur la tour nord a permis de sauvegarder la voûte en pierre de cette tour. Celle-ci s’accompagna de la mise en place d’un escalier pour accéder à l’étage et de la pose d’un garde-corps afin d’assurer la sécurité des visiteurs.

D’autres éléments de sécurité ont également été disposés à d’autres endroits du site (grilles, garde-corps).

En 2002, une nouvelle étude diagnostique est menée par l’architecte P. Perron. S’en suit une nouvelle campagne de travaux de mise en sécurité et le remplacement du pont d’accès au château.

En 2006, une étude fut lancée par P. Perron et le cabinet Aubépine en vue d'élaborer un plan de gestion de la végétation autour du site.

Le château aujourd’hui

Propriété du Conseil Départemental depuis 1989, le Château de Ranrouët était depuis cette date géré par la commune d’Herbignac. En 2008, Cap Atlantique a pris le relais.

L'année 2012 a été marquée par un grand chantier de restauration sur la barbacane.

En premier lieu, il s'agissait de remplacer la passerelle en béton des années 50 par une passerelle en bois plus en harmonie avec le site.

Après avoir été dévégétalisés, ce sont les murs intérieurs et extérieurs de la barbacane que l'on a restaurés notamment en refaisant les joints de mortier (mélange de chaux et de sable). Le sol d'origine a été mis au jour.

  

Les anciens fours de la barbacane ont également été restaurés dans l'état dans lesquels ils ont été mis au jour dans les années 1970.

   

Les Amis du Château de Ranrouët œuvrent toujours au château. Tous les étés, des jeunes venus de France et d'Europe participent aux deux chantiers de quinze jours.

Les Amis de Ranrouët font partie de l’association REMPART, qui regroupe 170 associations de bénévoles travaillant sur des monuments anciens. Les chantiers sont encadrés par l’architecte du patrimoine en charge du dossier et par un maçon tailleur de pierre.

Pour l'essentiel, leurs missions consistent à dessoucher les bastions ou enlever la végétation des murs.

En conclusion, la volonté n’est pas de « reconstruire » le Château de Ranrouët, l’effort de restauration est mené dans un parti pris de consolidation et de mise en sécurité des lieux et du public.

Si des travaux sont encore menés pour garantir sa solidité et sa non-détérioration, aucun chantier de plus grande envergure n’est actuellement prévu pour tenter de restituer des parties du site.

Crédits photos : château de Ranrouët; Amis de Ranrouët

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