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Le château à travers les siècles

Inscrit aux Monuments Historiques, le château de Ranrouët est un bel exemple de l'évolution de l'architecture militaire. Il a été édifié à partir du 13e siècle et constamment remanié jusqu'au 17e siècle.

Au fil du temps, les fortifications du château s’adaptèrent aux nouveautés de l’armement, comme l’apparition de l’artillerie. Les ajouts successifs s’organisèrent de manière concentrique autour du premier château du 13e siècle, lui-même sujet à réaménagement. Dans des périodes de paix, c’est le côté domestique qui a été perfectionné pour augmenter le confort du site. Ranrouët fut donc à la fois une forteresse et une résidence seigneuriale confortable.

C’est pour mieux comprendre ces modifications que l’on vous présente l’histoire de ce château et les différents personnages qui ont joué un rôle dans son histoire et ses reconstructions.

L’implantation sur le site

Le château de Ranrouët est situé à deux kilomètres à l’est d’Herbignac et paraît plutôt isolé. Contrairement à certains châteaux-forts, aucun habitat n’est venu s’agglomérer autour d'un cadre plutôt sauvage et inhospitalier en bordure des marais de Brière. Pourtant, cette implantation n'est pas due au hasard. Assis sur un promontoire de 7 mètres, le château bénéficiait de la défense naturelle qu’offrait la zone marécageuse qui l'entourait sur trois côtés.

Au Moyen Âge, étant donné l’abondance de l’eau, une digue de retenue fut créée afin de constituer un grand étang au nord-ouest du château. Cet étang a permis d’alimenter les douves du château tout en présentant un potentiel économique (lieu de pêche, moulins...).

Cette domestication de l’eau a permis au château de se développer durablement.

Une seconde raison au développement du site, est sa proximité aux grands axes routiers, notamment l’axe Nantes-Vannes et l’axe Guérande-Redon. Or n’oublions pas que la production de sel des marais salants est forte ancienne. Le sel, appelé l’or blanc, est le seul moyen de conservation des aliments et fait l’objet d’un commerce très prospère. Si on ne peut pas dire que Ranrouët contrôle la route du sel puisqu’il n’est pas situé directement dessus, en tout cas il la surveille, d’autant plus que cet axe de communication est le seul qui dessert la presqu’île guérandaise.

Le château primitif

Le premier château édifié sur le site de Ranrouët au début du 12e siècle fut ce que l’on appelle un château à motte (ou motte castrale). Celui-ci a été construit par les seigneurs d’Assérac qui vinrent s’installer à Ranrouët peu après avoir été chassés de Faugaret en 1125 par le duc de Bretagne Conan III pour cause de pillage et rébellion.

Dans le modèle de château à motte, l’ensemble circulaire était constitué de deux parties. Dans la première, la haute-cour, sur une motte de terre entourée d’un fossé, une tour généralement en bois fut érigée et protégée par une palissade. En contrebas, se trouvait la basse-cour, elle-même entourée d’une palissade et d’un fossé. Elle abritait les habitats et les dépendances. Dans ce système de défense passive, la multiplication des obstacles (palissades, fossés) assuraient la protection.

Des vestiges de cette occupation primitive ont été retrouvés lors des sondages archéologiques effectués en 1991 dans la cour du château, notamment un fossé et des trous de poteaux, caractéristiques des traces laissés par les constructions de cette époque.

Ces premiers châteaux se développérent partout en Europe entre les 10e et 12e siècles, c'est-à-dire à une période où le système de la féodalité se mit en place alors que les seigneurs affirmaient leur pouvoir sur leur fief, c’est-à-dire leur territoire.

Ces constructions ont vite montré leur limite face au feu. Cette vulnérabilité fut résolue par la contruction de châteaux en pierre bien plus résistants.

 

Le château-fort du 13e siècle : du bois à la pierre

Dans la deuxième moitié du 13e siècle fut construit à Ranrouët le premier château en pierre, certainement par Alain d’Assérac, un proche du duc de Bretagne.

 

 

De forme irrégulière pour s’adapter aux contraintes topographiques et hydrographiques du site, le premier château en pierre était constitué de six tours reliées par cinq courtines (murs entre les tours). L’enceinte mesurait environ soixante mètres d’est en ouest et quarante cinq mètres de nord au sud.

L'entrée se faisait par un châtelet constitué de deux tours du côté ouest du château (à l’emplacement du châtelet actuel).

Contrairement à d’autres châteaux, le château de Ranrouët ne possède pas de donjon, il est du type château-cour.

Ce premier château-fort avait un aspect très différent du monument actuel. En effet, de nombreux éléments ont été ajoutés plus tard (barbacane, douves, bastions...) et de nombreuses parties ont été reconstruites, les tours en particulier.

Finalement, aujourd’hui il ne reste que peu d’éléments du château du 13e siècle.

Citons la tour ouest, c'est-à-dire la tour droite du châtelet qui a connu aussi de nombreuses modifications. Certaines archères ont été transformées en fenêtres alors que d’autres l’ont été en postes de tir. Une de ces ouvertures est visible dans le couloir d’accès à la cour du château.

 

Le châtelet a subi de grandes modifications. À l'origine les tours étaient jumelles et l’entrée était plus profondément encastrée entre ces deux tours. La trace de cette première porte se devine encore. La reconstruction de la tour nord-ouest au 17e siècle en a modifié la physionomie. Cette tour possède un escalier rampant intérieur, construit dans l’épaisseur du mur, caractéristique de la période.

 

La tour est porte les traces du 13e siècle. Deux belles archères, l’une en face de l’autre, s'y observe. Une troisième a été modifiée en canonnière.

 

Enfin, la tour sud doit être contemporaine de la première enceinte du 13e siècle. Un des éléments qui le suggère est une petite fenêtre en plein cintre placée près de son escalier d’accès. Cette tour a été recalibrée au 16e siècle et les ouvertures réaménagées.

 

Si l’on parle des éléments du 13e siècle qui subsistent, il faut également parler de ceux qui ont disparu.

Le château-fort médiéval se caractérise par les éléments défensifs qui le constituent. Toute l’architecture est pensée de manière à ce que la forteresse soit imprenable.

Tours et courtines étaient alors surmontées par un réseau de créneaux (parties creuses) et de merlons (parties pleines) qui permettaient de tirer et se protéger depuis un chemin de ronde.

A ce système, étaient ajoutés des hourds, constructions en bois en flanquement. Ils permettaient de jeter des projectiles en bas des tours ou des courtines (sable chaud, eau chaude, pierre mais pas d’huile !). Les hourds, vulnérables au feu, furent remplacés au 14e siècle par des mâchicoulis, constructions en pierre directement intégrées à l’architecture.

Une adaptation à l’artillerie

A la fin du 13e siècle, la seigneurie d’Assérac-Ranrouët changa de famille par mariage et pass aux mains des seigneurs de Rochefort, barons d’Ancenis et vicomte De Donges.

Le château et la seigneurie qui en dépend furent à la famille de Rochefort.

Guy de Rochefort apporta les principaux changements au château de Ranrouët dans la seconde moitié du 14e siècle.

 

 

Deux raisons expliquèrent ces nécessaires remaniements du château. Tout d’abord, le duché de Bretagne était agité par la Guerre de Succession de Bretagne entre 1341 et 1464. Dans cet épisode annexe de la Guerre de Cent Ans, deux prétendants s'opposaient pour prendre la place de duc. L’un du camp des Montfort, était plutôt favorable aux Anglais et l’autre du camp des Penthièvre, favorable aux Français. Chaque prétendant a choisi son camp et cela a créé des tensions entre les seigneurs. La reprise d'un conflit menacait et il valait mieux se protéger en fortifiant sa demeure.

L’apparition du canon au début du 14e siècle fut une seconde raison. Cette nouvelle force de frappe poussa les seigneurs à adapter leur forteresse à l’artillerie et multiplier les défenses de leurs châteaux.

 

 

 

Guy de Rochefort fit creuser les douves, grand fossé tout autour du château. Elles étaient alimentées en eau grâce à l’étang situé au nord-ouest du site de Ranrouët et par un système de canalisation souterraine (retrouvée lors de la fouille du bastion 12 en 1995). Avec la terre du fossé, un boulevard fut édifié, sorte de bourrelet défensif en avant du château.

L’accès au château fut lui aussi remanié. Un nouveau pont-levis fut intégré dans la façade du châtelet et le couloir d’accès à la cour fut recalibré en une étroite gaine d’accès qui ne permettait que le seul passage des hommes à pied.

Pour parfaire cette défense, Guy de Rochefort fit construire face au châtelet une première barbacane, remaniée par la suite. Cette première barbacane devait avoir une forme rectangulaire contrairement à celle aujourd’hui conservée de forme semi-circulaire.

 

On voit ici l’effort apporté par Guy de Rochefort pour multiplier les obstacles autour du château et lutter contre la puissance de frappe de l’artillerie.

Les aménagements du 16e siècle

Guy de Rochefort n’eut pas de descendance masculine. Les seigneuries d’Assérac et de Ranrouët passèrent donc aux mains de la famille de Rieux par le mariage de la nièce de Guy de Rochefort avec Jean II de Rieux.

La famille de Rieux était une famille très puissante de Bretagne, qui possèdait de nombreux territoires.

 

 

 

L’un des personnages importants de cette famille était Jean IV de Rieux (1447-1518). Il fut maréchal de Bretagne et lieutenant général des armées. Il joua un rôle très important dans les événements politiques qui agitèrent la Bretagne à la fin du 15e siècle.  Le duc de Bretagne François II le désigna tuteur pour ses deux filles. Il devint le tuteur d’Anne de Bretagne à la mort de son père en 1488.

Jean IV hérita des seigneuries d’Assérac et de Ranrouët à la mort précoce de son frère François II de Rieux en 1478.

Grâce à une donation de cent mille écus d’Anne de Bretagne, pour dédommagement des destructions qu’il a subi lors des attaques du roi de France Charles VIII mais aussi pour acheter sa fidélité, Jean IV apporta des modifications au château de Ranrouët. C’est lui qui fit passer le château du statut de forteresse médiévale à celui de résidence seigneuriale luxueuse et confortable, même si Ranrouët n’était pas son château principal.

 

Parmi ces travaux, mentionnons la construction d’un magnifique corps de logis, adossé à la courtine est, comparable au logis de Josselin construit à la même période par son rival le seigneur de Rohan. Ce logis à deux niveaux comprenait en bas de grandes cuisines et en haut la salle d’apparat. Il en subsiste la cheminée et une fenêtre à coussiège. Pour desservir son logis, Jean IV fit construire à la place d’une tour du 13e siècle un escalier à palier, escalier à l’italienne, sans doute l’un des premiers construits en France.

 

Pour avoir détruit une tour pour construire son escalier, il fit peut-être reconstruire la tour sud-est, objet de modification au 17e siècle. Il remania également l’intérieur de la tour sud (recalibrage intérieur). Enfin, il fit construire la tour nord (la partie basse car la partie haute est un ajout postérieur) avec une chambre de tir doté de cinq grosses canonnières et couverte d’une remarquable voûte en pierre.

C’est lui qui remania la barbacane dans sa forme semi-circulaire actuelle.

L’ensemble de ces constructions ont sans doute été réalisées dans le premier quart du 16e siècle et témoignent encore des importantes modifications faites par Jean IV de Rieux au château de Ranrouët.

Les Guerres de Religions et la Ligue Catholique

La fin du 16e siècle fut marquée par une nouvelle période de troubles, celle des Guerres de Religions qui opposèrent les catholiques aux protestants. En Bretagne, Le duc de Mercoeur, gouverneur de Bretagne, prit la tête de la Ligue Catholique. Il en profita également pour se révolter contre le roi dans l’espoir de faire revivre un duché de Bretagne indépendant qui n’existait plus depuis 1532.

Sur son ordre, Ranrouët reçut une garnison de cinquante arquebusiers. Point stratégique avancé pour les catholiques, le château servit de base pour des expéditions contre les protestants de la région (pillage du château de Careil en 1589, pillage du château de Campzillon près de Mesquer en 1590...). Cette décennie fut période de reconstructions militaires et de remise en état de vieilles forteresses.

C'est le cas du château de Ranrouët, alors propriété de Jean VIII de Rieux. Sous l’impulsion de Mercoeur, fut reconstruit, derrière le boulevard, une enceinte bastionnée, "les bastions", réseau de douze fortifications triangulaires cernant le château. Ces "bastions" permirent de protéger le château des tirs d’artillerie et d’y positionner des canons afin d'opérer des tirs croisés. Le tout fut complété par un second réseau de douves au pied de ceux-ci.

Le démantèlement

L’Edit de Nantes de 1598 mit fin aux Guerres de Religions. Cependant, restait à Ranrouët un contingent de soldats qualifié par les habitants d’Herbignac de "pillards, ennemis du bien public et de sa Majesté". Si bien que les habitants déposèrent plusieurs requêtes auprès des Etats de Bretagne pour obtenir le démantèlement du château. La troisième fut entendue et le 11 janvier 1619, l’ordre de démantèlement de Ranrouët fut enregistré au Parlement de Bretagne, à Rennes après avoir été décrété par Louis XIII le 11 avril 1618.

Après les affrontements, plusieurs châteaux bretons furent démantelés sous l’impulsion de Richelieu : Ranrouët, Rieux, Rochefort-en-Terre, Blain, Fougères, Tonquédec, Josselin...

À un moment où la monarchie absolue s’affirmait et où le roi de France voulait être le seul détenteur de forteresses, Richelieu poursuiva ce mouvement contre les grands du royaume en rasant plus de deux mille châteaux.

Lors de cette destruction volontaire du château, Ranrouët perdit certainement ses parties défensives, notamment ses parties hautes comme peut-être les créneaux et merlons, le chemin de ronde et les mâchicoulis. Les habitants d’Herbignac effectuèrent le travail avec pour salaire le droit d’emporter les pierres.

Des reconstructions du 17e siècle à la Révolution

Au début du 17e siècle, Jean IX de Rieux, frère de Jean VIII, décida de relever les ruines du château. Il entreprit de reconstuire les tours sud-est, la partie haute de la tour nord et la tour nord-ouest. Cependant, l'épaisseur des murs des tours était réglementé à un mètre par le roi de France, de telle sorte qu'elles pouvaient être détruites d’un seul coup de canon. Ne respectant pas ces normes, Jean IX reçut une sévère réprimande de Richelieu en 1628.

Jean IX de Rieux fit peut-être apposer les besants sur trois tours du château, à moins que cela ne soit antérieur. Ces besants représentent le blason de la famille de Rieux, composé de dix besants en forme de triangle et celui de la femme de Jean IX, les Rieux-Châteauneuf, composé de cinq besants disposés comme sur la face d’un dé.

 

Jean-Emmanuel, fils de Jean IX,  poursuivit les travaux de son père mort en 1630. Il continua notamment les travaux de la tour nord-ouest achevée en 1639. Il y a un siècle, le millésime s'en lisait encore sur un linteau de porte ou de fenêtre.

Ces diverses reconstructions et d'autres affaires ruinèrent Jean-Emmanuel de Rieux qui dut vendre son château au surintendant des finances Nicolas Fouquet, lié par le sang à sa femme Jeanne Pélagie.

Jean-Emmanuel décèda en 1656. Le château retournera dans la famille de Rieux en 1658 dans les mains de son fils, Jean-Gustave. Celui-ci sera le dernier du nom, car complètement ruiné il vendra son marquisat en 1679 à René Lopriac, baron de Coetmadeuc.

Le château sera progressivement abandonné au cours du 18e siècle. En 1794, pendant la Révolution, une troupe de fanatiques révolutionnaires mit à sac et incendia Ranrouët.

A partir de ce moment, le château, abandonné, servit de carrière de pierre aux habitants d’Herbignac. C’est, après le démantèlement, la deuxième grande phase de destruction du château.

Le château aujourd’hui

Le château fut inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques en 1925 mais il a fallu attendre les années 1970 pour que l’association « Les Amis du château de Ranrouët », groupes de bénévoles, s’occupe à nouveau du château et le mette en valeur (voir partie Restaurations, fouilles, travaux de préservation et de consolidation).

En 1989, le château fut acheté par le Conseil Général et fut donné en gestion à la commune d’Herbignac. Depuis 2008, Cap Atlantique, la Communauté d’Agglomération de la Presqu’île guérandaise gère le site.

Diverses manifestations sont organisées pendant l’année pour animer le site.

Le week-end suivant l’Ascension, le marché des Potiers accueille au pied du château une cinquantaine de potiers venus des quatre coins de la France et de l'étranger, qui présentent des expositions.

Pendant l’été diverses visites sont proposées notamment la visite « le château à travers les siècles » qui relate l’histoire du site et des visites thématiques.

Une programmation spéciale pour les enfants a également été mise en place.

Début août, la compagnie de théâtre Colin Muset joue une pièce de théâtre en nocturne dans l’enceinte du château.

Le 15 août, un campement médiéval s’installe dans le château et projette le public dans le Moyen Âge.

N'hésitez pas à consulter notre page concernant toute la programmation culturelle de la saison.

 

Crédits photos et dessins : château de Ranrouët, Lionel Duigou

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